Omar Bongo, le roi de la Françafrique
Ali Bongo hérite du pouvoir de son père, Omar, décédé le 8 juin 2009. Parrain régional de la Françafrique, installé en 1967 par Jacques Foccart, membre des réseaux maçonniques, ami de tous les présidents de la Ve République française, Omar Bongo a aidé la France et ses multinationales à maintenir une domination coloniale politique, militaire, économique sur le Gabon et sur le continent africain.
Depuis l’arrivée au pouvoir de Bongo, les relations entre le Maroc et le Gabon sont restées fortes. Converti à l’islam dans les années 1970 et proche de Hassan II, Bongo a soutenu la position marocaine sur le Sahara (1). Des Marocains sont intégrés dans sa GP et prêtent main-forte en cas de besoin. Les exactions de la GP, les meurtres par « accident », les emprisonnements des opposants sont quotidiens. Dans son livre ’’Affaires africaines’’, publié en 1984 et resté interdit au Maroc, Pierre Péan a révélé que le poète Ndouna-Depenaud, ancien mari de Mme Bongo, a été exécuté par des marocains de la GP en 1977. « De 1975 à 1978, le Gabon a été la plaque tournante des mercenaires, notamment de Bob Denard, le plus célèbre d’entre eux. »

Après la mort d’Hassan II, l’amitié s’est poursuivie entre Bongo et Mohamed VI. Celui-ci a fait plusieurs séjours au Gabon et s’intéresse au marché gabonais qui offre de grandes opportunités pour des affaires juteuses grâce aux privatisations dans le secteur public. En 2007, le Gabon cède 52 % du capital de Gabon Télécom à Maroc Télécom. En 2008, la banque marocaine Attijariwafa Bank a acquis 51 % du capital de l’Union gabonaise de banque, deuxième banque du pays. Le marché gabonais attise les convoitises d’hommes d’affaires marocains, qui y font de nombreuses visites. Jusque-là, le Gabon exportait au Maroc essentiellement son bois, et le Maroc exportait des produits alimentaires, des vêtements et des chaussures. Le Maroc accueille par ailleurs 300 étudiants gabonais et forme des cadres civils et militaires.
Assuré d’être élu à plus de 90 % des suffrages à chaque élection, muselant toute contestation, supprimant ses opposants, Omar Bongo dirige ce pays de 1,3 million d’habitants comme s’il s’agissait de sa propriété privée. À la fin des années 1970, il accorde la priorité à l’agriculture. Le Gabon se lance dans la culture hors sol, alors que le pays ne manque pourtant pas de terres fertiles, et dans un projet sucrier de 30 000 tonnes par an alors que les Gabonais n’en consomment que 8 000 tonnes. Pour préparer le sommet de l’OUA (2) à Libreville en 1977, des travaux démesurés sont lancés : palais des congrès, hôtels, routes… Tous ces marchés sont passés sans appel d’offres. La construction du palais présidentiel, confiée à une société et à des architectes français, coûtera 1,5 milliard de francs français. Puis vient le chemin de fer, le Transgabonais, pour exporter le fer de Belinga. Ce gigantesque ouvrage, l’un des plus grands chantiers du monde, commencé en 1975, a entraîné la déforestation de 3 millions d’hectares. La dette du Gabon explose, et la facture sera laissée au peuple gabonais.
Impliqué dans de nombreuses affaires, comme celle du financement des campagnes électorales françaises, Omar Bongo avait la réputation de distribuer des valises à tous les partis français. Quand éclate l’affaire ELF en 1994, il est accusé de détournement de millions d’euros. Dans un rapport sur le blanchiment de l’argent sale, le Congrès des État-Unis a estimé ses détournements à 100 millions de dollars par an. Rappelons qu’une enquête des services de police français, lancée à la suite d’une plainte déposée en 2007 par des associations, avait établi l’existence de biens considérables sans commune mesure avec les revenus déclarés par Bongo et sa famille : 39 propriétés et 70 comptes bancaires.
Le Gabon est riche en pétrole, bois, manganèse, fer, uranium. Pourtant, 62 % des Gabonais vivent sous le seuil de pauvreté, et l’indice de développement humain (IDH) est de 0,755, ce qui place le pays au 103e rang sur 182 pays (3). Si Omar Bongo est mort sans être jugé après quarante ans de pillage, Ali Bongo, placé pour lui succéder, devrait rendre des comptes au peuple gabonais.
Au Maroc, pays qui a entretenu et continue à entretenir des relations privilégiées avec la dynastie Bongo, nous devons également demander des comptes et exiger l’ouverture d’enquêtes sur les biens illicites de la famille Bongo et d’autres dictateurs choyés par les banques marocaines, contrairement aux migrants africains qui sont maltraités par l’État marocain.
Souad Guennoun, Attac Maroc
1. Ancienne colonie espagnole au sous-sol riche en phosphates, le Sahara occidental a été annexé illégalement en 1975 par le Maroc.
2. Organisation de l’unité africaine.
3. Rapport 2009 du Pnud. http://hdrstats.undp.org/fr/countries/country_fact_sheets/cty_fs_GAB.html